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Éducation nationale : ZeroBytes revendique le vol de 346 millions de lignes de données

Une fuite de données d’une ampleur potentiellement exceptionnelle vise désormais l’Éducation nationale. ZeroBytes affirme avoir compromis plusieurs systèmes du ministère et récupéré 346 178 591 lignes de données brutes concernant des élèves, leurs responsables légaux et des personnels de l’Éducation nationale.

Le cybercriminel situe l’intrusion au 15 juillet 2026. Il s’agit du même pseudonyme déjà à l’origine des revendications visant récemment Intermarché Drive et la Direction générale des Finances publiques (DGFiP).

Cyberattaque.org s’est procuré l’échantillon diffusé par ZeroBytes. Les fichiers que nous avons pu consulter comportent effectivement des exports portant les noms de plusieurs systèmes de l’Éducation nationale, avec notamment des données d’élèves, de personnels, de responsables légaux, mais aussi des notes, évaluations et compétences scolaires.

Ministère de l'éducation nationale cyberattaque

346 millions de lignes ne signifient pas 346 millions de personnes

Le chiffre est spectaculaire, mais il doit être correctement interprété. Les 346 178 591 lignes correspondent, selon ZeroBytes, au contenu brut cumulé de plusieurs milliers d’exports et ne sont pas dédupliquées. Une même personne peut donc apparaître des dizaines, voire des centaines de fois selon son parcours scolaire ou professionnel.

Après déduplication, le hacker nous indique avoir identifié environ 1 224 291 élèves uniques. Il annonce également 4 350 358 identifiants uniques de personnels dans les exports I-Prof.

Ce dernier chiffre ne correspond surtout pas à 4,35 millions d’enseignants actuellement en poste. ZeroBytes précise lui-même que les données comprennent également des personnels administratifs, AESH, ATSEM, anciens agents, retraités et enregistrements historiques conservés sur plusieurs années.

Nous avons récupéré l’échantillon diffusé par ZeroBytes

L’échantillon dont nous avons pu prendre connaissance contient plusieurs fichiers d’environ 1 500 lignes chacun. Leur nomenclature correspond à différents outils ou ensembles utilisés dans l’écosystème de l’Éducation nationale.

  • exports BE1D concernant les élèves du premier degré ;
  • fichiers relatifs aux personnes et responsables légaux ;
  • données SCONET concernant des élèves du secondaire ;
  • exports I-Prof relatifs aux personnels ;
  • extrait d’un annuaire LDAP de l’académie de Créteil ;
  • données du livret scolaire avec notes, évaluations et compétences ;
  • différents fichiers relatifs au suivi scolaire des élèves.

L’échantillon reste évidemment très inférieur au volume total revendiqué. Il permet de vérifier la nature de plusieurs fichiers annoncés, mais ne suffit pas à confirmer à lui seul l’intégralité des 346 millions de lignes revendiquées.

ZeroBytes education nationale

Dates de naissance, cantine, garderie et transport scolaire

L’un des fichiers que nous avons pu consulter concerne directement des élèves, dont des enfants très jeunes. Nous ne reproduisons aucune identité, mais les colonnes visibles comportent notamment des prénoms et dates de naissance.

Le fichier contient également des indicateurs associés à la vie quotidienne de l’enfant : garderie du matin, garderie du soir, étude surveillée, restaurant scolaire et transport scolaire.

La sensibilité est particulière puisque ces informations ne permettent pas seulement d’identifier un mineur : lorsqu’elles sont croisées avec d’autres données scolaires, elles peuvent également fournir des informations sur ses habitudes et son organisation périscolaire.

Des notes et évaluations scolaires dans les fichiers

L’échantillon contient aussi plusieurs exports explicitement consacrés aux livrets scolaires. Les noms des fichiers font référence aux compétences des élèves, aux évaluations, aux lignes des livrets ainsi qu’aux notes annuelles et périodiques.

ZeroBytes nous indique que son échantillon comporte des bulletins, notes, évaluations et compétences provenant notamment du système de suivi du livret scolaire.

Ces informations sont autrement plus sensibles qu’une simple base d’adresses e-mail : elles peuvent permettre de reconstituer une partie du parcours scolaire et des résultats d’un enfant, avec un impact potentiel durable si elles venaient à être publiées largement.

Plus d’1,2 million d’élèves uniques revendiqués

Après déduplication, ZeroBytes avance le chiffre de 1 224 291 élèves uniques. Les fichiers complets revendiqués proviendraient notamment de systèmes utilisés dans le premier degré, les collèges et les lycées.

Le premier ensemble, qui représenterait environ 236 millions de lignes brutes, contiendrait notamment des exports BE1D et SCHAAF de l’académie de Créteil, des données SCONET couvrant l’année scolaire 2025-2026 ainsi que des bases liées au suivi de certains élèves en difficulté.

Le hacker affirme également détenir des informations relatives aux parents et responsables légaux. Un fichier spécifiquement consacré aux personnes responsables figure effectivement dans l’échantillon que nous avons récupéré.

I-Prof : des données de personnels provenant de 33 académies revendiquées

Le deuxième grand ensemble annoncé par ZeroBytes représenterait environ 109 millions de lignes et serait principalement constitué d’exports provenant d’I-Prof, l’environnement utilisé pour la gestion de la carrière des personnels enseignants.

Le cybercriminel affirme disposer de données provenant de 33 académies, avec notamment des informations relatives aux personnels, conventions, sessions, formations et disponibilités.

À lui seul, un ensemble de données relatif aux conventions représenterait environ 78 millions de lignes, tandis qu’un autre fichier consacré aux personnels en compterait environ 14 millions. Là encore, ces volumes sont bruts et peuvent comporter de nombreuses occurrences concernant une même personne.

Des comptes académiques et mots de passe hachés revendiqués

Le troisième ensemble est particulièrement sensible sur le plan de la sécurité informatique. ZeroBytes affirme avoir récupéré deux extractions d’annuaires LDAP concernant les académies de Créteil et Versailles, représentant environ 602 000 lignes.

Ces données comprendraient des comptes réseau, informations sur les personnels et mots de passe stockés sous forme de valeurs de hachage. Nous ne reproduisons évidemment aucun identifiant ni aucune donnée d’authentification.

Un fichier nommé comme un export LDAP des personnels de l’académie de Créteil est bien présent dans l’échantillon obtenu par Cyberattaque.org. L’archive de démonstration ne contient toutefois qu’une partie volontairement limitée des données revendiquées.

Des données qui pourraient couvrir plusieurs générations d’élèves et de personnels

La taille exceptionnelle de la revendication semble en partie s’expliquer par l’accumulation historique des données. Plusieurs ensembles contiendraient des archives concernant d’anciens élèves ou personnels, en plus des informations utilisées récemment.

C’est également ce qui explique l’écart considérable entre les 346 millions de lignes brutes et les nombres de personnes uniques annoncés. La même identité peut se retrouver dans plusieurs systèmes, années scolaires, affectations, évaluations ou événements administratifs.

Une fuite particulièrement grave parce qu’elle concerne des mineurs

La présence de données concernant des enfants et leurs parents change considérablement la nature du risque. Une identité associée à une date de naissance, un parcours scolaire, des résultats ou des informations périscolaires peut rester exploitable pendant de nombreuses années.

Ces données pourraient être utilisées pour des campagnes de phishing ciblant les familles, avec de faux messages concernant la cantine, le transport scolaire, une inscription, une note, un établissement ou une démarche administrative.

Pour les personnels, le croisement entre données professionnelles et comptes académiques peut également faciliter des tentatives d’usurpation, de compromission de comptes ou d’ingénierie sociale.

L’échantillon apporte des éléments concrets, mais le chiffre de 346 millions reste une revendication

La présence dans l’échantillon de fichiers liés à BE1D, SCONET, I-Prof, au livret scolaire et à un annuaire LDAP académique apporte des éléments sérieux à la revendication. Les données que nous avons observées sont cohérentes avec plusieurs catégories annoncées par ZeroBytes.

Il reste néanmoins impossible, à partir de cet échantillon, de confirmer que le hacker possède effectivement l’intégralité des 346 178 591 lignes annoncées ou que chaque fichier revendiqué provient bien des systèmes décrits.

À ce stade, les chiffres de 1 224 291 élèves uniques et 4 350 358 identifiants de personnels proviennent également des calculs communiqués par ZeroBytes et doivent encore être vérifiés indépendamment.

Après les revendications visant Intermarché et la DGFiP, cette nouvelle publication place une nouvelle fois ZeroBytes au cœur d’une fuite potentiellement majeure en France. Cette fois, les données revendiquées concernent directement des élèves, leurs familles et des personnels de l’Éducation nationale, avec un périmètre qui pourrait être considérablement plus large que les seuls fichiers rendus publics en preuve.

Thomas Lazzaroni Thomas Lazzaroni
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