Attaque

Pharmacie des Congrès à Dijon : 23 000 dossiers de patients en fuite

La Pharmacie des Congrès, située à Dijon en Côte-d’Or, est visée par une importante revendication de cyberattaque ce samedi 31 octobre 2026. Un hacker utilisant le pseudonyme necrozma affirme avoir compromis son infrastructure informatique et récupéré une base contenant les informations d’environ 23 000 patients, ainsi que des ordonnances, des documents d’assurance maladie et quatre sauvegardes de données.

Cyberattaque.org s’est procuré et a analysé un échantillon de 1 000 fiches. Celui-ci contient effectivement des informations particulièrement sensibles : identités, dates de naissance, numéros de Sécurité sociale, caisses d’assurance maladie, mutuelles et situations de remboursement. Des données concernant des enfants figurent également dans les fichiers.

Installée au 2 avenue Raymond-Poincaré à Dijon, la Pharmacie des Congrès est une officine proposant la délivrance de médicaments sur ordonnance, des conseils pharmaceutiques, du matériel médical et différents services de santé. Elle est exploitée sous la dénomination SNC Mariani.

Pharmacie des Congrès à Dijon cyberattaque

Un hacker annonce avoir récupéré 23 000 dossiers de patients

Le 31 octobre 2026 à 14 h 09, un hacker utilisant le pseudonyme necrozma publie une annonce proposant à la vente des données attribuées à la Pharmacie des Congrès de Dijon.

Il affirme avoir obtenu un accès à l’infrastructure informatique de l’établissement et récupéré l’intégralité de sa base de données, accompagnée de quatre sauvegardes. Il évoque un volume d’environ 23 000 personnes concernées.

Le hacker prétend également détenir des ordonnances, des dossiers d’assurance et des éléments associés à plusieurs outils professionnels utilisés dans le secteur de la santé.

Pour appuyer sa revendication, il diffuse un fichier de démonstration contenant 1 000 enregistrements et présente deux images annoncées comme des exemples d’ordonnances.

Le volume total de 23 000 patients et l’existence des quatre sauvegardes n’ont pas pu être vérifiés à partir du seul échantillon disponible. La date exacte de l’intrusion n’est pas précisée.

941 numéros de Sécurité sociale renseignés dans les 1 000 fiches analysées

L’enquête réalisée par Cyberattaque.org confirme que les fichiers contiennent des informations correspondant à la gestion administrative d’une pharmacie.

Sur les 1 000 enregistrements étudiés, nous avons identifié :

  • 1 000 fiches nominatives, représentant 947 noms complets distincts ;
  • 941 champs de numéro de Sécurité sociale renseignés, correspondant à 661 valeurs différentes ;
  • 945 dates de naissance ;
  • 937 mentions de caisses d’assurance maladie ;
  • 751 informations relatives à une mutuelle ou une complémentaire santé ;
  • 727 dates de fin de droits ou de couverture complémentaire ;
  • Des indications sur les régimes d’assurance et les conditions de prise en charge des soins.

Les numéros présentés comme des identifiants de Sécurité sociale comportent principalement 13 chiffres, sans clé de contrôle à deux chiffres. Certaines valeurs sont associées à plusieurs membres d’une même famille, ce qui explique notamment pourquoi leur nombre ne correspond pas au nombre de personnes.

Les dossiers mentionnent majoritairement la CPAM de Dijon, mais d’autres organismes apparaissent également, notamment à Mâcon, Besançon, Auxerre ou encore Paris.

Ces informations ne constituent pas de simples coordonnées commerciales. Elles permettent d’associer une identité à des informations d’assurance maladie, à des droits sociaux et à des modalités de remboursement de soins.

Des données concernant des enfants, parfois âgés de quelques mois

L’analyse des dates de naissance révèle également la présence de nombreux mineurs.

Parmi les 1 000 fiches, 259 correspondent à des personnes âgées de moins de 18 ans au 31 octobre 2026. Après rapprochement des noms et dates de naissance, ces enregistrements représentent 237 combinaisons distinctes, sans que cela permette d’établir avec certitude le nombre d’enfants différents.

Les données comportent notamment des enfants nés en 2024, 2025 et 2026. Plusieurs fiches permettent de retrouver un assuré principal, son conjoint et des enfants partageant le même dossier d’assurance maladie.

Le fichier classe les personnes selon différentes catégories : « Assuré », « Enfant », « Conjoint », « Ascendant » ou encore « Confrère ».

Ces liens administratifs peuvent permettre de reconstituer une partie de la composition d’un foyer. Certaines personnes apparaissent plusieurs fois, notamment lorsqu’elles ont changé de statut ou de couverture.

La présence de ces informations concernant des enfants et leur famille renforce la sensibilité de cette fuite.

Complémentaire santé solidaire, aide médicale de l’État et remboursements

Un autre élément important concerne les informations liées à la couverture sociale des patients.

Dans les 1 000 fiches analysées, 355 enregistrements font référence à la Complémentaire santé solidaire (CSS), un dispositif destiné aux personnes remplissant certaines conditions de ressources.

18 autres fiches mentionnent l’Aide médicale de l’État (AME), tandis que de nombreux dossiers citent des organismes de complémentaire santé comme Almerys, Viamedis, Harmonie Mutuelle, iSanté ou encore Génération.

Les fichiers contiennent également des indications relatives aux taux de prise en charge, aux régimes applicables et aux dates de fin de couverture. Certaines de ces dates remontent à plusieurs années, tandis que d’autres s’étendent jusqu’en 2027.

Ces éléments peuvent révéler des aspects de la situation sociale des patients. Leur association avec un nom, une date de naissance et un identifiant de Sécurité sociale représente un risque important d’atteinte à la vie privée.

En revanche, l’échantillon analysé ne contient pas de diagnostic médical détaillé ni de liste de médicaments prescrits. Ces informations pourraient figurer dans les ordonnances revendiquées par le hacker, mais leur contenu n’a pas été établi à partir du fichier examiné.

Le pirate affirme également détenir des éléments liés à AmeliPro et aux outils de santé

La revendication ne se limite pas aux informations personnelles des patients.

Necrozma affirme avoir récupéré des éléments liés à plusieurs services et outils professionnels, notamment AmeliPro, ATSAM et ASIP.

AmeliPro est le portail de services de l’Assurance Maladie destiné aux professionnels de santé. Il permet notamment de consulter certains droits et d’effectuer différentes démarches administratives dans le cadre de leur activité.

La référence à ASIP renvoie à l’écosystème français du numérique en santé, dans lequel interviennent notamment les dispositifs d’identification et d’authentification des professionnels de santé.

Il serait cependant incorrect d’en déduire que les plateformes nationales de l’Assurance Maladie ou de l’Agence du numérique en santé ont été piratées. La revendication pourrait concerner des logiciels, des documents, des configurations ou des accès présents dans l’environnement informatique local de la pharmacie.

Les éléments publiés ne permettent pas non plus de confirmer que le hacker dispose encore d’un accès actif à ces services.

Comment le système informatique d’une pharmacie peut-il être compromis ?

Les pharmacies utilisent des logiciels de gestion permettant de suivre les dossiers patients, les ordonnances, la facturation et les échanges avec l’Assurance Maladie.

Ces systèmes concentrent des informations particulièrement sensibles et peuvent être reliés à différents services externes.

Une compromission pourrait notamment résulter d’un compte professionnel détourné, d’un accès distant insuffisamment sécurisé, d’une vulnérabilité dans un logiciel métier ou de l’accès non autorisé à une sauvegarde informatique.

La présence revendiquée de quatre sauvegardes pose particulièrement question. Si elles ont réellement été récupérées, cela pourrait indiquer que les mécanismes de sauvegarde étaient accessibles depuis l’environnement compromis.

Pour le moment, aucune preuve technique n’a été publiée concernant la méthode utilisée. Il est donc impossible d’attribuer l’intrusion à une vulnérabilité particulière ou à un logiciel précis.

Des risques d’usurpation d’identité et de fraude à l’assurance maladie

La combinaison des informations présentes dans les fichiers pourrait être exploitée pour préparer des escroqueries particulièrement crédibles.

Un fraudeur disposant du nom d’un patient, de sa date de naissance, de son identifiant de Sécurité sociale et du nom de sa mutuelle pourrait notamment se faire passer pour un organisme de santé afin de réclamer des informations supplémentaires.

Les patients pourraient être ciblés par de faux messages concernant leur carte Vitale, leurs remboursements, leurs droits à la complémentaire santé ou des documents médicaux à mettre à jour.

L’association de ces données pourrait également faciliter des tentatives d’usurpation d’identité ou la constitution de dossiers frauduleux, même si les informations divulguées ne suffisent pas nécessairement, à elles seules, à effectuer de telles démarches.

La présence éventuelle d’ordonnances augmenterait encore la gravité de l’incident, puisqu’elles peuvent révéler les traitements suivis par les patients et, indirectement, certaines informations sur leur état de santé.

Une fuite de données médicales documentée, en attente d’une confirmation officielle

Au 31 octobre 2026, aucune confirmation publique de la Pharmacie des Congrès concernant cette revendication n’a été identifiée.

Le hacker necrozma, dont il s’agit de la première publication connue sous ce pseudonyme sur la plateforme utilisée, propose les données à la vente sans préciser le montant demandé.

L’analyse de Cyberattaque.org confirme néanmoins la présence de 1 000 fiches contenant des informations administratives et de santé très détaillées, dont des numéros de Sécurité sociale, des données de couverture médicale et des informations concernant des mineurs.

Il reste à déterminer si les 23 000 personnes revendiquées correspondent réellement à des individus distincts, si les ordonnances et sauvegardes annoncées ont été exfiltrées et si l’accès informatique utilisé par le pirate a été neutralisé.

Cette affaire illustre la sensibilité particulière des systèmes informatiques des pharmacies : la compromission d’une seule officine pourrait suffire à exposer des milliers de dossiers contenant des informations couvertes par le secret médical.

Thomas Lazzaroni Thomas Lazzaroni
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