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Pharmacie de la Cigogne à Strasbourg : 110 000 patients exposés après une cyberattaque

Une deuxième pharmacie française visée en quelques heures, et cette fois, le volume revendiqué atteint 110 000 patients. Ce samedi 31 octobre 2026, un hacker utilisant le pseudonyme injecteur annonce avoir compromis le système informatique de la Pharmacie de la Cigogne, à Strasbourg. Il affirme détenir les dossiers des patients, des ordonnances, des documents liés à l’Assurance Maladie et des accès informatiques qu’il propose désormais à la vente.

Cyberattaque.org s’est procuré et a analysé un échantillon de 1 069 fiches. Les informations examinées comprennent notamment 967 numéros de Sécurité sociale renseignés, 967 dates de naissance valides et 708 références à une mutuelle. Plus préoccupant, 283 enregistrements concernent des personnes mineures au 31 octobre 2026, dont des enfants nés en 2025 et 2026.

Située au 1 Grand’Rue, dans le centre de Strasbourg, la Pharmacie de la Cigogne est une officine exploitée depuis 2004 sous la forme d’une société d’exercice libéral. Elle propose la délivrance de médicaments, des conseils pharmaceutiques, du matériel médical et différents produits de santé.

Pharmacie de la Cigogne à Strasbourg cyberattaque

110 000 patients revendiqués et des ordonnances proposées à la vente

Dans une publication datée du 31 octobre 2026 à 17 h 41, injecteur affirme avoir obtenu un accès à l’infrastructure informatique de la pharmacie strasbourgeoise.

Le pirate déclare avoir récupéré l’intégralité d’une base de données concernant environ 110 000 personnes, ainsi que des ordonnances, des documents d’assurance et des éléments liés à plusieurs outils professionnels du secteur de la santé.

Pour appuyer ses affirmations, il présente un échantillon de données patients et quatre images annoncées comme des exemples d’ordonnances médicales.

L’existence d’un fichier contenant 110 000 personnes distinctes n’est toutefois pas démontrée par cet échantillon. Le volume complet annoncé, les documents supplémentaires et les accès informatiques proposés à la vente restent à confirmer.

Ce que révèlent les 1 069 dossiers analysés

Les fichiers obtenus contiennent des informations structurées correspondant à la gestion administrative des patients d’une pharmacie.

L’analyse réalisée par Cyberattaque.org fait apparaître les éléments suivants :

  • 1 069 enregistrements, dont 995 noms complets différents ;
  • 967 champs de numéro de Sécurité sociale, correspondant à 661 valeurs distinctes ;
  • 967 dates de naissance valides ;
  • 968 références à des caisses d’assurance maladie ;
  • 708 informations relatives aux mutuelles ou complémentaires santé ;
  • 678 dates de fin de couverture complémentaire ;
  • Des informations sur les régimes de remboursement et les conditions de prise en charge ;
  • Des références administratives internes associées aux dossiers.

Les numéros de Sécurité sociale présents dans l’échantillon comportent 13 chiffres, sans clé de contrôle. Plusieurs personnes peuvent être associées à un même numéro lorsqu’il s’agit d’ayants droit rattachés à un assuré principal.

Les 1 069 lignes ne correspondent donc pas nécessairement à 1 069 patients distincts. Certaines personnes disposent de plusieurs entrées, parfois avec des couvertures médicales ou des situations administratives différentes.

Les données contiennent également des références à plusieurs organismes, notamment Almerys, Viamedis, Harmonie Mutuelle, Génération, MGEN et Pro BTP.

Des nourrissons et des familles entières dans les fichiers

L’un des éléments les plus préoccupants concerne les enfants. Le fichier distingue les patients selon plusieurs catégories administratives : assurés principaux, enfants, conjoints, concubins et autres ayants droit.

Sur les 1 069 fiches, 349 sont classées dans la catégorie « Enfant ». Cette catégorie administrative comprend toutefois aussi des personnes devenues majeures.

En recalculant les âges à partir des dates de naissance, Cyberattaque.org a identifié 283 enregistrements correspondant à des mineurs au 31 octobre 2026. Ils représentent 246 combinaisons distinctes de nom et de date de naissance, sans que cela constitue un décompte certain d’enfants différents.

Certains dossiers concernent des nourrissons nés au cours de l’année 2026. D’autres permettent de rapprocher plusieurs membres d’une famille grâce aux numéros d’assurés partagés, aux noms et aux catégories de rattachement.

Il devient ainsi possible de reconstituer une partie des liens familiaux et des informations d’assurance maladie d’un foyer. Cette exposition est particulièrement sensible lorsqu’elle concerne de jeunes enfants.

Des informations sur l’Aide médicale de l’État et la couverture sociale

Les données ne se limitent pas aux identités et aux organismes de remboursement. Elles comportent également des références à plusieurs dispositifs de protection sociale.

Dans l’échantillon, 52 fiches comportent une référence à l’Aide médicale de l’État (AME), tandis que 442 font apparaître une mention de CMU dans les champs de complémentaire santé.

Ces libellés peuvent correspondre à d’anciennes situations administratives et ne permettent pas de déterminer automatiquement les droits actuels des personnes concernées.

Certains enregistrements mentionnent aussi le régime local d’Alsace-Moselle, le régime général ou des prises en charge particulières.

Les dates de couverture s’étendent sur plusieurs années, avec des échéances anciennes et d’autres allant jusqu’en 2027. Cette profondeur historique pourrait expliquer la présence de plusieurs fiches pour un même patient.

La divulgation de telles informations pourrait révéler indirectement la situation sociale et certains éléments du parcours de soins des personnes concernées.

Une autre pharmacie visée quelques heures plus tôt à Dijon

Cette revendication intervient dans un contexte particulièrement troublant.

Quelques heures auparavant, le 31 octobre à 14 h 09, un autre compte utilisant le pseudonyme necrozma avait annoncé la mise en vente de données attribuées à la Pharmacie des Congrès de Dijon.

Dans cette première affaire, le pirate revendiquait environ 23 000 patients, des ordonnances, des documents d’assurance maladie et plusieurs sauvegardes informatiques.

Les deux annonces présentent des similitudes frappantes. Elles utilisent une formulation presque identique pour décrire la compromission des infrastructures et mentionnent les mêmes outils professionnels : AmeliPro, ATSAM et ASIP.

Autre détail notable : la publication visant la Pharmacie de la Cigogne se termine par la mention « @xnecrozma », qui reprend le pseudonyme de l’auteur de la revendication concernant Dijon.

Ce rapprochement suggère un possible lien entre les deux annonces, mais ne démontre pas que les deux pharmacies ont été compromises par la même personne ou selon une méthode identique.

Au total, les deux publications revendiquent des données concernant environ 133 000 patients. Ce chiffre correspond uniquement à l’addition des volumes annoncés par les pirates et ne constitue pas un nombre de victimes confirmé.

Un accès aux outils professionnels de santé également revendiqué

Comme dans l’affaire dijonnaise, le hacker affirme détenir des éléments associés à AmeliPro, ATSAM et ASIP, des appellations liées à l’environnement professionnel et numérique de la santé.

AmeliPro est notamment utilisé par les professionnels de santé pour effectuer des démarches auprès de l’Assurance Maladie.

Il n’existe cependant aucune preuve que les plateformes nationales de l’Assurance Maladie aient été compromises. Les informations revendiquées pourraient correspondre à des accès locaux, des configurations ou des documents conservés dans l’environnement informatique de l’officine.

Les fichiers examinés ne révèlent pas non plus la méthode utilisée pour récupérer les données. Une compromission de compte, un accès distant non autorisé ou la récupération d’un export restent des scénarios possibles, mais aucun n’est établi.

Quels risques pour les patients de la pharmacie ?

L’association des noms, dates de naissance, identifiants de Sécurité sociale et informations de mutuelle pourrait faciliter des tentatives de fraude ciblées.

Des escrocs pourraient se faire passer pour une pharmacie, une caisse d’assurance maladie ou une complémentaire santé afin de réclamer une mise à jour de carte Vitale, une confirmation de remboursement ou des documents supplémentaires.

La présence de données concernant des mineurs et des membres d’un même foyer augmente également les possibilités d’usurpation d’identité.

Si les ordonnances revendiquées ont réellement été dérobées, le risque serait encore plus important. Ces documents peuvent révéler des traitements médicamenteux et des informations particulièrement intimes sur l’état de santé des patients.

Les personnes ayant fréquenté l’établissement doivent notamment se méfier des sollicitations inattendues évoquant leurs remboursements ou leurs droits à l’assurance maladie. Aucun organisme légitime ne doit leur demander de communiquer un mot de passe ou un code de validation à la suite d’un message non sollicité.

Une fuite particulièrement sensible, sans confirmation officielle à ce stade

Au 31 octobre 2026, aucune communication publique de la Pharmacie de la Cigogne confirmant cette cyberattaque n’a été identifiée.

L’analyse menée par Cyberattaque.org établit néanmoins que l’échantillon diffusé contient des informations administratives et de couverture médicale particulièrement détaillées, dont des données concernant des enfants.

Le nombre de 110 000 patients revendiqué par injecteur reste à vérifier, tout comme l’origine exacte des données et l’existence des ordonnances et accès informatiques supplémentaires proposés à la vente.

La similitude avec la revendication visant la Pharmacie des Congrès de Dijon constitue également un élément à surveiller. Deux officines françaises sont ainsi publiquement ciblées le même jour, avec des descriptions presque identiques de données médicales supposément dérobées.

Au-delà du volume annoncé, cette affaire souligne surtout le danger que représente la circulation de fichiers associant identité, protection sociale et informations familiales. Une seule extraction provenant d’un logiciel de pharmacie peut potentiellement exposer des années d’historique administratif de patients, y compris ceux d’enfants en bas âge.

Thomas Lazzaroni Thomas Lazzaroni
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