Une nouvelle publication visant la Fédération Française de Tir (FFTir) vient d’apparaître. Le hacker ChimeraZ affirme mettre en vente près d’un million de lignes et surtout une archive de 40 Go qui comprendrait des données de licenciés, des photographies, des badges de licence et des certificats médicaux.
Le pirate revendique exactement 988 569 lignes concernant 586 854 personnes. Mais cette affaire doit être replacée dans une chronologie beaucoup plus longue : la FFTir a déjà subi une importante cyberattaque en octobre 2025 et ses données ont déjà circulé et été revendues depuis.

La FFTir avait déjà perdu les données d’environ un million de licenciés
Entre le 18 et le 20 octobre 2025, la FFTir avait subi une intrusion confirmée dans son système d’information ITAC. Les serveurs ITAC et EDEN avaient alors été déconnectés et la Fédération avait prévenu la CNIL, l’ANSSI et déposé plainte.
Les investigations avaient identifié comme données concernées le numéro de licence, l’état civil, l’adresse postale, l’adresse email et les numéros de téléphone. La FFTir précisait à l’époque qu’aucune donnée médicale, bancaire ou relative à la détention d’armes n’était concernée.
L’ampleur réelle s’était précisée par la suite : les enquêteurs ont évoqué les données d’environ 250 000 licenciés actifs et 750 000 anciens licenciés. En janvier 2026, un jeune homme de 18 ans a été interpellé, soupçonné d’avoir participé à la fuite et à la revente de ces informations sur Telegram et des espaces cybercriminels.
ChimeraZ avait déjà utilisé le nom FFTir en septembre
Ce n’est pas non plus la première publication de ChimeraZ autour de l’écosystème français des armes. En septembre 2026, le pirate avait déjà proposé une base de 232 341 lignes concernant 120 158 personnes, issue principalement de l’Armurerie Lavaux.
Il présentait alors certaines informations comme liées à la FFTir et au Système d’information sur les armes (SIA). Cela ne démontrait toutefois pas un nouveau piratage de ces deux systèmes : les données pouvaient provenir des informations détenues par l’armurerie.
La revendication publiée ce 17 octobre est différente. Cette fois, ChimeraZ désigne directement fftir.org comme origine des fichiers.
586 854 licences, 400 000 connexions et 40 Go de documents
L’archive est présentée comme un assemblage de plusieurs ensembles. Le principal fichier contiendrait environ 586 000 fiches de licences, auxquelles s’ajouteraient environ 400 000 enregistrements de premières connexions et les informations de quelque 1 600 clubs.
Le chiffre de 988 569 lignes ne correspond donc pas à près d’un million de victimes différentes. ChimeraZ revendique 586 854 personnes, un volume qui dépasse très largement les seuls licenciés actuellement actifs : la FFTir annonçait avoir franchi la barre des 300 000 licenciés en juillet 2026.
La différence peut notamment s’expliquer par la présence d’anciens licenciés ou d’historiques conservés dans les systèmes fédéraux.
Photos d’identité et certificats médicaux : le périmètre devient beaucoup plus sensible
Le point le plus préoccupant se trouve dans les documents que le pirate affirme avoir récupérés. ChimeraZ annonce environ 64 000 photographies d’identité ainsi que 19 000 certificats médicaux et badges de licence.
Cyberattaque.org s’est procuré les échantillons. Les fichiers de licences comportent notamment numéro de licence, identité, club, catégorie sportive, indicateur handisport et, pour une partie des personnes, adresse postale complète. Des catégories correspondant aux écoles de tir et aux jeunes apparaissent également dans l’échantillon.
D’autres données particulièrement détaillées apparaissent dans les profils présentés : date et lieu de naissance, nationalité, téléphones, email, disciplines pratiquées, informations relatives au certificat médical, historique sportif et différents statuts internes.
Des traces de la saison 2026/2027 apparaissent dans les données
Il serait tentant de considérer cette publication comme une simple remise en vente des données volées en octobre 2025. Les échantillons rendent pourtant cette explication insuffisante.
Cyberattaque.org a observé dans les données un profil comportant une validation de licence datée de septembre 2026, ainsi qu’un certificat médical référencé en septembre 2026 et dont l’échéance est située en 2027.
Ces dates correspondent à la saison 2026/2027, dont les renouvellements ont commencé fin août 2026. La FFTir confirme par ailleurs officiellement que le certificat médical est déposé dans l’espace EDEN et qu’il est nécessaire pour obtenir ou renouveler une licence.
Cela ne suffit pas à prouver qu’une nouvelle intrusion s’est produite en 2026. Mais cela signifie que la publication actuelle ne peut pas être décrite avec certitude comme la simple copie figée de la base volée en octobre 2025.
Un élément contredit directement le périmètre annoncé après l’attaque de 2025
Après la cyberattaque de 2025, la FFTir avait explicitement indiqué que les données médicales n’étaient pas concernées. Elle précisait également que le club d’appartenance ne faisait pas partie du périmètre alors identifié.
Or la revendication actuelle comprend précisément des clubs, des métadonnées relatives aux certificats médicaux et, selon ChimeraZ, des milliers de fichiers médicaux.
Plusieurs explications restent donc possibles : un périmètre de l’attaque de 2025 plus large qu’initialement identifié, une extraction différente réalisée ultérieurement, un assemblage provenant de plusieurs sources ou encore des éléments ajoutés par le pirate. En l’absence de confirmation de la FFTir, impossible pour l’instant de déterminer lequel de ces scénarios est le bon.
La précédente fuite a déjà été associée à des cambriolages
Dans le cas de la FFTir, le risque ne se limite malheureusement plus à une hypothèse théorique. Après la fuite de 2025, les autorités avaient alerté sur des individus se faisant passer pour des policiers, gendarmes ou douaniers afin d’obtenir des informations ou de récupérer des armes.
En avril 2026, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez indiquait que 20 à 30 cambriolages pourraient être liés au vol des données de la Fédération. Des armes avaient effectivement été dérobées lors de plusieurs agressions ou intrusions visant des tireurs sportifs.
La publication d’adresses de domicile associées à une licence de tir reste donc particulièrement préoccupante, même si une licence FFTir ne signifie évidemment pas qu’une personne possède nécessairement une arme à son domicile.
Cette fois, ce sont surtout les dates et les documents qui changent l’affaire
Le chiffre d’un million de lignes est spectaculaire, mais ce n’est probablement pas l’information la plus importante. Une fuite massive de données de licenciés FFTir est déjà documentée depuis 2025.
Ce qui rend la publication de ChimeraZ différente, ce sont les traces datées de 2026 et la revendication de dizaines de milliers de photographies et certificats médicaux. Si ces fichiers sont authentiques et proviennent effectivement des systèmes de la Fédération, le périmètre serait nettement plus large que celui annoncé après la précédente cyberattaque.
La question n’est donc plus seulement de savoir si les anciennes données de la FFTir circulent encore. Il faut désormais déterminer comment des informations correspondant à la saison 2026/2027 ont pu se retrouver dans les fichiers proposés par ChimeraZ.