Un mois après une première exposition massive de données liée à la Centrale Canine, le hacker ChimeraZ revendique cette fois la mise en vente d’une base beaucoup plus volumineuse : 1 484 442 lignes provenant selon lui de Centrale-Canine.fr.
Attention au chiffre : il ne s’agit pas de 1,48 million de personnes. Les enregistrements correspondent essentiellement à des fiches de chiens enregistrés dans les bases de la Centrale Canine, auxquelles sont associées des informations sur leurs éleveurs. ChimeraZ annonce notamment 39 893 adresses email.

Noms des chiens, races, puces et identité des éleveurs
Cyberattaque.org s’est procuré l’échantillon de 1 000 lignes diffusé par ChimeraZ et en a analysé le contenu. Les fiches comportent systématiquement le nom du chien, sa race, son sexe, sa date de naissance et un identifiant interne.
Dans cet échantillon, 981 fiches sur 1 000 comportent également un numéro d’identification, généralement une puce électronique mais parfois un ancien tatouage. Le nom de l’éleveur apparaît dans 972 enregistrements et un affixe d’élevage dans 627.
Les 1 000 lignes contiennent toutes une adresse email d’éleveur. Cyberattaque.org en dénombre 607 différentes, ce qui illustre parfaitement pourquoi le nombre de lignes ne doit pas être assimilé au nombre de personnes : un même éleveur peut apparaître avec plusieurs chiens.
L’échantillon remonte jusqu’aux années 1980
Les données paraissent couvrir une période particulièrement longue. Parmi les 1 000 fiches étudiées, les dates de naissance des chiens s’étendent de 1980 à septembre 2021.
Aucun animal né après 2021 n’apparaît dans cet échantillon. Cela ne signifie pas nécessairement que la base complète s’arrête à cette date, mais ce constat laisse envisager un export historique plutôt qu’une copie fidèle et actuelle de l’ensemble des données détenues en octobre 2026.
Un mois plus tôt, 122 147 personnes avaient déjà été exposées
La Centrale Canine avait déjà fait parler d’elle en septembre 2026, après la récupération massive de données concernant 122 147 personnes.
Mais l’organisation avait alors apporté une précision importante : ses systèmes n’avaient pas été piratés. Les informations avaient été récupérées en interrogeant massivement un point d’accès accessible publiquement et lié notamment à son environnement d’expositions canines. Il s’agissait donc d’un phénomène de scraping plutôt que d’une intrusion dans son système d’information.
Cette nouvelle « base » pourrait elle aussi provenir de données consultables publiquement
La revendication de ChimeraZ doit donc être considérée avec prudence. La Centrale Canine exploite notamment LOF Select, un service qui permet au public de consulter les informations détenues sur les chiens de race : généalogie, identification, résultats, santé ou encore descendance.
La Centrale Canine présente elle-même LOF Select comme un outil ouvert permettant de rechercher les chiens enregistrés, y compris à partir de leur nom ou de leur numéro d’identification.
La structure de l’échantillon – nom du chien, race, sexe, naissance, affixe, identification et éleveur – est donc compatible avec des informations issues de cet écosystème public. La présence des emails d’éleveurs pose néanmoins la question du niveau exact d’information accessible et de la méthode utilisée pour constituer l’archive.
À ce stade, aucun élément fourni par ChimeraZ ne démontre une intrusion dans les serveurs de la Centrale Canine. Un scraping massif, comme lors de l’incident de septembre, reste donc une hypothèse crédible.
Le LOF constitue une gigantesque base historique du monde canin français
La Centrale Canine est l’organisme chargé de tenir le Livre des Origines Français (LOF), registre généalogique officiel des chiens de race en France. Créé en 1885, il contient naturellement un très grand nombre de chiens enregistrés au fil des décennies.
La présence de plus d’un million de fiches animales dans une extraction est donc parfaitement plausible sans que cela représente pour autant plus d’un million de propriétaires ou d’éleveurs. En 2025 seulement, près de 200 000 nouvelles inscriptions de chiens au LOF ont encore été enregistrées.
Le risque concerne surtout les éleveurs identifiables derrière les chiens
Les données relatives aux animaux ne présentent pas le même risque qu’une base contenant des mots de passe ou des coordonnées bancaires. En revanche, la présence simultanée de l’adresse email d’un éleveur, de son identité ou de son affixe et des informations précises sur ses chiens permet de construire des messages extrêmement crédibles.
Un attaquant pourrait par exemple se faire passer pour la Centrale Canine en citant le nom, la race ou le numéro d’identification réel d’un animal pour réclamer un paiement, annoncer un problème de dossier LOF ou diriger l’éleveur vers une fausse interface de connexion.
Cette deuxième affaire en seulement quelques semaines pose surtout une question différente de celle d’une cyberattaque classique : combien de données peut-on extraire automatiquement des services publics de la Centrale Canine avant qu’une consultation légitime ne devienne une aspiration massive de sa base ?