Chat Coco a été entièrement compromis le 2 août 2026. La plateforme a vu son site remplacé par une page revendiquant le piratage et renvoyant directement vers une copie de sa base de données. Environ 14 260 comptes sont concernés, avec des adresses e-mail, pseudonymes, adresses IP, profils, photographies et conversations privées.
L’incident touche un service qui ne peut pas être présenté comme un simple site de rencontres. Chat Coco s’inscrit ouvertement dans l’héritage des tchats anonymes « Coco » et se présente lui-même comme une alternative à Coco.gg, plateforme extrêmement controversée fermée par la justice française en juin 2024 après avoir été associée à des milliers de procédures judiciaires.

Chat Coco revendique directement l’héritage de Coco
Chat Coco propose des discussions publiques ou privées, l’échange de photographies et une utilisation largement anonyme. Le site met en avant un accès gratuit, sans inscription pour son tchat et une « liberté quasi totale » laissée aux utilisateurs.
Dans sa propre présentation, la plateforme rappelle elle-même que Cocoland.fr, devenu Coco.fr puis Coco.gg, a finalement été fermé par les autorités en raison des nombreux problèmes qui l’entouraient. Il n’existe toutefois aucun élément permettant d’affirmer que Chat Coco est exploité par les anciens responsables de Coco.gg : il s’agit d’une plateforme distincte ayant repris son nom, son positionnement et une partie de ses codes.
Coco.gg était au cœur de plus de 23 000 procédures
Le précédent est particulièrement lourd. Lors de la fermeture de Coco.gg le 25 juin 2024, plus de 23 000 procédures judiciaires avaient été associées à la plateforme et plusieurs centaines de victimes recensées. Le site était régulièrement utilisé dans des affaires de pédocriminalité, de proxénétisme, de trafic de stupéfiants, d’agressions sexuelles et de guets-apens homophobes.
Coco.gg est également devenu tristement célèbre dans l’affaire des viols de Mazan : Dominique Pelicot utilisait le site pour recruter des hommes venant violer Gisèle Pelicot alors qu’elle était inconsciente. Cette affaire a contribué à mettre en lumière les conséquences d’une plateforme combinant anonymat, échanges privés et modération insuffisante.
14 260 comptes et des données jusqu’aux heures précédant le piratage
La fuite de Chat Coco comprend environ 14 260 comptes membres. Les inscriptions présentes dans les fichiers remontent à mai 2023 et s’étendent jusqu’en avril 2025, tandis que certaines traces d’activité sont enregistrées jusqu’aux heures précédant la compromission du 2 août 2026.
Les données diffusées comprennent notamment :
- adresse e-mail ;
- pseudonyme et identifiant interne ;
- mot de passe haché ;
- adresse IP d’inscription ;
- date de naissance ;
- genre ;
- ville, code postal et pays ;
- coordonnées de géolocalisation pour certains comptes ;
- photographies ;
- contenu de conversations privées ;
- informations renseignées librement dans les profils.
Les mots de passe apparaissent sous forme hachée et non en clair. La présence des messages, photographies et données de localisation rend toutefois cette fuite beaucoup plus sensible qu’une simple exposition d’identifiants.
L’anonymat des utilisateurs peut voler en éclats
Le principal danger réside dans le croisement des informations. Un utilisateur pensant intervenir derrière un pseudonyme peut désormais être relié à une adresse e-mail, une adresse IP, une localisation et au contenu de ses échanges privés.
Dans le contexte particulier de ce type de plateforme, ces conversations peuvent être extrêmement personnelles ou sensibles. Leur publication peut conduire à du chantage, du doxxing, du harcèlement ou à l’identification de personnes qui pensaient communiquer anonymement.
La base de données est désormais en téléchargement public
Il ne s’agit plus d’une simple revendication. La base attribuée à Chat Coco est effectivement accessible publiquement au téléchargement depuis le lien affiché sur la plateforme compromise. Les fichiers permettent de retrouver les comptes, profils, photographies et conversations privées décrits précédemment.
La compromission est donc matériellement établie : le site a été pris sous contrôle, son contenu remplacé et ses données diffusées publiquement. Le point d’entrée utilisé par les attaquants reste en revanche inconnu. Une faille applicative, la compromission d’un compte disposant de privilèges élevés ou un accès direct au serveur pourraient expliquer un tel niveau de contrôle.
Un problème de sécurité qui dépasse largement les mots de passe
La fuite pose une question particulièrement sensible pour une plateforme fondée sur les échanges privés et l’anonymat. Conserver simultanément les adresses IP, les coordonnées, les profils, les photos et les conversations permet de reconstituer une identité numérique extrêmement détaillée en cas de compromission.
- identification d’utilisateurs derrière leurs pseudonymes ;
- chantage à partir de conversations ou de photos ;
- harcèlement et doxxing ;
- tentatives de connexion sur d’autres services ;
- phishing utilisant le contenu réel des conversations ;
- recoupement avec d’autres bases de données compromises.
Une nouvelle incarnation d’un modèle déjà lourdement controversé
La fermeture judiciaire de Coco.gg n’a pas fait disparaître son modèle. Plusieurs plateformes ont depuis cherché à récupérer son public en reprenant le principe du tchat instantané, anonyme et peu contraignant. Chat Coco fait clairement partie de cet écosystème et capitalise ouvertement sur le nom « Coco ».
Cette filiation revendiquée doit être rappelée : le nom Coco ne renvoie pas seulement à un ancien service populaire de discussion, mais à une plateforme devenue emblématique des dérives pouvant apparaître lorsque l’anonymat et les rencontres privées sont associés à une modération insuffisante.