Attaque

Bloctel : 3 millions de numéros en fuite à cinq jours de la fin du service

Le service public Bloctel, utilisé par les Français pour s’opposer au démarchage téléphonique, fait l’objet d’une importante revendication de fuite de données. Le 6 août 2026, l’acteur Cybernox affirme, avec un autre individu, avoir récupéré environ 3 millions d’enregistrements provenant de Bloctel et en propose le téléchargement public.

L’échantillon publié contient essentiellement des numéros de téléphone associés à des identifiants internes. Il ne faut toutefois pas traduire les « 3 millions » revendiqués par 3 millions de personnes : plusieurs numéros peuvent être associés à un même identifiant et un consommateur peut inscrire plusieurs lignes sur Bloctel.

bloctel cyberattaque

Bloctel, la liste nationale contre le démarchage téléphonique

Bloctel est le service officiel permettant aux consommateurs français d’inscrire gratuitement leurs numéros sur la liste d’opposition au démarchage téléphonique. Avant une campagne commerciale, les professionnels doivent actuellement confronter leurs fichiers de prospection à cette liste afin d’en retirer les numéros protégés.

Le service est placé sous le contrôle de la DGCCRF, mais son exploitation est confiée dans le cadre d’une concession de service public à CONSOPROTEC, filiale de Worldline France. La revendication ne permet donc pas d’affirmer que les systèmes informatiques du ministère de l’Économie ou de la DGCCRF ont eux-mêmes été compromis.

Plus de 14 millions de numéros sont enregistrés sur Bloctel

Le périmètre potentiel est considérable. Au 12 juin 2026, les statistiques officielles de Bloctel faisaient état de 7 498 470 consommateurs inscrits et 14 276 320 numéros de téléphone enregistrés sur la liste d’opposition.

Les 3 millions de lignes revendiquées représenteraient donc, si elles sont authentiques, une fraction importante de la liste nationale. Rien ne permet toutefois d’affirmer à ce stade qu’il s’agit de 3 millions de numéros uniques ni que l’intégralité de la base Bloctel a été compromise.

Une fuite qui révèle précisément qui refuse le démarchage

L’ironie est particulièrement forte : la base revendiquée correspond précisément aux numéros de personnes ayant demandé à ne pas être démarchées. Ces informations sont normalement utilisées par les entreprises afin de nettoyer leurs fichiers avant de lancer leurs campagnes téléphoniques.

Une diffusion publique de cette liste pourrait produire l’effet inverse. Des acteurs malveillants pourraient notamment récupérer des millions de numéros actifs pour alimenter des campagnes de spam téléphonique, SMS frauduleux ou phishing.

Les données visibles restent limitées

L’échantillon publié comporte deux champs principaux : un numéro de téléphone et un identifiant interne. Aucun nom, adresse postale, e-mail, mot de passe ou donnée bancaire n’apparaît dans l’extrait fourni.

Le même identifiant pouvant apparaître pour plusieurs numéros, celui-ci semble notamment permettre de rattacher plusieurs lignes à un même enregistrement ou compte. Cela renforce la nécessité de parler de lignes ou de numéros revendiqués, et non de 3 millions de victimes uniques.

Bloctel doit justement disparaître le 11 août

La revendication intervient à un moment particulièrement symbolique : Bloctel doit cesser définitivement son activité le 11 août 2026, soit seulement cinq jours après la publication de la fuite.

À cette date, la réglementation française change de logique : le démarchage commercial par téléphone ne reposera plus sur une liste d’opposition. Les entreprises devront disposer du consentement explicite préalable du consommateur avant de pouvoir le démarcher.

Quels risques pour les numéros concernés ?

La présence d’un numéro dans cette base n’est pas suffisante à elle seule pour usurper une identité. En revanche, ces données peuvent facilement être croisées avec d’autres fuites permettant d’associer un numéro à un nom, une adresse ou un compte en ligne.

  • appels frauduleux et démarchage illégal ;
  • SMS de phishing ciblés ;
  • recherche d’identités associées aux numéros ;
  • enrichissement de bases commerciales ou cybercriminelles ;
  • croisement avec d’autres fuites de données.

Une revendication encore non confirmée officiellement

Cybernox a publié plusieurs liens permettant de récupérer le fichier revendiqué ainsi qu’un échantillon de son contenu. Nous ne relayons volontairement aucun de ces liens ni aucun numéro de téléphone exposé.

À ce stade, Bloctel, CONSOPROTEC et la DGCCRF n’ont pas publiquement confirmé cette compromission. L’origine exacte de la base, son ancienneté et le nombre réel de numéros uniques devront donc être établis avant de mesurer précisément l’ampleur de l’incident.

Thomas Lazzaroni Thomas Lazzaroni
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