Une campagne de fuite de données attribuée au hacker ChimeraZ vise plusieurs services départementaux d’incendie et de secours français. Le 24 juillet 2026, des dépôts concernant les SDIS des Alpes-Maritimes, de la Marne, des Alpes-de-Haute-Provence et des Landes ont été annoncés à quelques minutes ou quelques heures d’intervalle.
Les données revendiquées comprennent des annuaires de sapeurs-pompiers et de personnels administratifs, mais aussi plusieurs dizaines de milliers de documents internes. Au total, les publications évoquent plus de 4 800 profils, au moins 16 800 documents et plus de 34 Go de fichiers, sans compter les volumes qui ne sont pas précisément détaillés.
À ce stade, aucun des quatre SDIS n’a confirmé publiquement l’authenticité ou l’origine de ces dépôts. Le nombre de personnes uniques réellement concernées reste également à vérifier.
Quatre services de secours touchés par une même vague
Les SDIS sont des établissements publics chargés d’organiser les secours, la lutte contre les incendies et la réponse aux accidents dans chaque département. Ils regroupent des sapeurs-pompiers professionnels, des volontaires, des personnels administratifs et des agents spécialisés.
La proximité temporelle des revendications, la similarité des fichiers annoncés et la présence récurrente d’annuaires internes suggèrent une campagne coordonnée. Les dépôts seraient diffusés gratuitement sur plusieurs espaces de téléchargement.
SDIS 06 : 2 300 agents et 22,5 Go de documents revendiqués
Le SDIS des Alpes-Maritimes, qui assure notamment les secours dans un département particulièrement exposé aux incendies de forêt et aux risques naturels, serait la cible la plus importante de cette série.
ChimeraZ et un second acteur affirment détenir un export de l’intranet comprenant un annuaire d’environ 2 300 agents ainsi que plus de 15 800 documents internes, pour un volume estimé à 22,5 Go. Certains fichiers seraient datés de la mi-juillet 2026, ce qui laisserait penser à une extraction récente.
Les informations annoncées comprennent notamment :
- nom et prénom ;
- adresse e-mail professionnelle ;
- numéro de téléphone ;
- fonction et service de rattachement ;
- identifiant interne ;
- documents administratifs internes.
SDIS 51 : plus de 2 170 contacts et des documents budgétaires
Le SDIS de la Marne, chargé des opérations de secours dans le département, est visé par une revendication publiée quelques minutes après celle concernant un autre service départemental.
Le dépôt contiendrait un annuaire regroupant environ 2 170 agents et volontaires, accompagné d’un peu plus de 1 000 documents pour un volume proche de 700 Mo.
Outre les coordonnées professionnelles, les fichiers annoncés comprendraient des comptes rendus de conseil d’administration, des budgets, des notes de service et d’autres pièces liées au fonctionnement interne de l’établissement.
SDIS 04 : des données personnelles détaillées et un mineur concerné
Le dépôt attribué au SDIS des Alpes-de-Haute-Provence serait moins volumineux, mais nettement plus sensible sur le plan individuel. Il porterait sur 145 lignes concernant des sapeurs-pompiers volontaires, professionnels et personnels administratifs.
Les informations revendiquées dépasseraient largement le cadre d’un simple annuaire professionnel :
- identité complète et civilité ;
- date et lieu de naissance ;
- nationalité ;
- adresse postale ;
- adresse e-mail et numéro de téléphone ;
- situation familiale ;
- fonction et statut professionnel ;
- identifiant interne ;
- coordonnées d’un proche à contacter.
Un mineur engagé dans un cursus de jeune sapeur-pompier figurerait également dans l’export. Si ce point est confirmé, il renforcerait fortement la sensibilité de l’incident.
SDIS 40 : 12 Go d’archives opérationnelles et de photographies
Le SDIS des Landes, qui organise les secours et la lutte contre les incendies dans un territoire régulièrement confronté à d’importants feux de forêt, ferait lui aussi partie des cibles.
Le dépôt comprendrait environ 240 profils issus de l’annuaire du personnel et près de 12 Go de documents internes. Les fichiers porteraient sur plusieurs années d’activité et pourraient inclure des archives administratives, des exercices, des interventions et des photographies.
D’après la revendication, ces données proviendraient d’un espace de stockage en ligne utilisé par le service.
Une compromission commune est-elle possible ?
La répétition du même schéma dans plusieurs départements soulève la question d’un point d’entrée commun. Une plateforme mutualisée, un prestataire partagé, des espaces cloud configurés de manière similaire ou des identifiants compromis pourraient expliquer l’accès à plusieurs environnements.
Une autre hypothèse serait l’exploitation séparée de comptes ou de stockages insuffisamment protégés. Aucun élément public ne permet pour l’instant de déterminer si les quatre incidents sont techniquement liés.
Des risques directs pour les agents et les opérations
Les annuaires peuvent servir à identifier précisément les responsables, les services et les fonctions occupées. Ils constituent une base idéale pour préparer des attaques d’ingénierie sociale contre les centres de secours.
- phishing ciblé contre les agents ;
- usurpation de responsables ou de collègues ;
- faux messages relatifs aux plannings, formations ou interventions ;
- tentatives de récupération d’identifiants internes ;
- harcèlement ou divulgation d’informations personnelles ;
- fraudes visant les proches désignés comme contacts d’urgence.
Les documents opérationnels présentent un risque supplémentaire. Selon leur contenu, ils pourraient révéler l’organisation des services, des procédures internes, des comptes rendus d’intervention, des moyens matériels ou des informations sur des sites sensibles.
Des informations publiques devenues dangereuses une fois regroupées
Certaines coordonnées professionnelles peuvent déjà apparaître dans des documents publics. Leur regroupement avec des numéros directs, des identifiants internes, des fonctions précises et des archives confidentielles change toutefois considérablement le niveau de risque.
Un attaquant peut utiliser ces informations pour comprendre la hiérarchie d’un service, identifier les personnes disposant d’accès privilégiés et construire un scénario crédible avant de les contacter.
Une campagne majeure encore non confirmée
Les chiffres annoncés correspondent à des profils, des lignes ou des contacts et non nécessairement à autant de personnes uniques. Certains agents pourraient apparaître plusieurs fois dans les annuaires ou dans différents documents.
En l’absence de confirmation des établissements concernés, ces incidents restent des revendications non confirmées officiellement. Leur multiplication en une seule journée et la nature des fichiers annoncés en font néanmoins une campagne particulièrement préoccupante pour les services de secours français.