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Cyberattaque : une étude de commissaires de justice visée par une fuite de 65 Go de données

Édit : Dans cette affaire, plusieurs noms ont circulé. Tous s’accordent néanmoins sur un point : elles ne seraient pas à l’origine de cette fuite. Il s’agirait en réalité d’une étude de commissaires de justice, compromise via un accès à l’un de ses logiciels.

Ne parvenant pas à démêler le vrai du faux, je préfère, comme toujours, accorder le bénéfice du doute aux entreprises concernées.

Je ne citerai donc aucun nom d’entreprise et m’en tiendrai aux seuls éléments qui semblent faire consensus, sans désigner qui que ce soit tant que les faits ne sont pas clairement établis.


Une étude de commissaires de justice serait à l’origine d’une importante fuite de données revendiquée par le groupe cybercriminel LAMASHTU. Les attaquants affirment avoir dérobé environ 65 Go de données, représentant près de 80 000 fichiers, issus d’un environnement utilisé pour la gestion de procédures judiciaires et de dossiers de recouvrement.

La nature des documents revendiqués rend cette affaire particulièrement préoccupante : jugements, dossiers de recouvrement, pièces d’identité, coordonnées bancaires, informations sur des dettes et données patrimoniales pourraient se retrouver entre les mains de cybercriminels. Des informations capables de révéler une grande partie de la situation personnelle et financière des personnes concernées.

Cyberattaque : fuite de documents judiciaires revendiquée par LAMASHTU

Une étude de commissaires de justice potentiellement compromise

Les éléments recueillis orientent vers la compromission d’un environnement informatique utilisé par une étude de commissaires de justice. Selon les informations communiquées par plusieurs entreprises évoquées au cours de cette affaire, l’accès aux données aurait été obtenu par l’intermédiaire d’un logiciel utilisé dans le cadre de ses activités.

Le mécanisme exact de la compromission reste toutefois à établir. Les informations disponibles ne permettent pas de déterminer avec certitude l’origine de l’accès non autorisé, ni d’identifier publiquement l’organisation directement touchée.

Les commissaires de justice, profession issue du rapprochement des huissiers de justice et des commissaires-priseurs judiciaires, interviennent notamment dans le recouvrement de créances, l’exécution des décisions de justice, la signification d’actes et différentes procédures judiciaires.

Leurs activités impliquent la conservation et le traitement de nombreux documents confidentiels concernant des particuliers, des entreprises et parfois des organismes publics. Une fuite provenant d’un tel environnement peut donc avoir des conséquences importantes, même lorsque le nombre exact de personnes concernées reste inconnu.

65 Go de données et près de 80 000 fichiers revendiqués

LAMASHTU affirme avoir récupéré environ 65 Go de données, soit près de 80 000 fichiers. Une partie importante des documents présentés concernerait des dossiers traités entre 2022 et 2026.

Ces chiffres correspondent aux volumes annoncés par les cybercriminels et ne constituent pas, à ce stade, une mesure indépendante de l’étendue de la fuite.

Cyberattaque.org a toutefois pu examiner plusieurs documents diffusés par LAMASHTU pour appuyer sa revendication. Les éléments observés comprennent notamment des pièces liées à des procédures judiciaires et à des opérations de recouvrement.

La présence de ces documents ne permet pas, à elle seule, de confirmer l’intégralité des 80 000 fichiers revendiqués, ni de déterminer précisément combien de particuliers ou d’entreprises pourraient être concernés.

Jugements, saisies bancaires et dossiers de recouvrement

La nature des documents annoncés constitue l’un des aspects les plus sensibles de cette affaire. Selon LAMASHTU, les archives contiendraient notamment des jugements, injonctions de payer, assignations, saisies bancaires, saisies de véhicules, dossiers hypothécaires et procédures immobilières.

Certains dossiers pourraient permettre de retracer différentes étapes d’une procédure, depuis la constitution du dossier initial jusqu’aux mesures de recouvrement ou d’exécution engagées.

Ces documents sont particulièrement sensibles puisqu’ils peuvent révéler l’existence de litiges, de difficultés financières, de dettes ou de procédures judiciaires concernant des personnes physiques comme des entreprises.

Des pièces d’identité et des informations bancaires

Les fichiers revendiqués ne se limiteraient pas aux seuls actes judiciaires. LAMASHTU fait également état de nombreuses données personnelles et financières conservées dans les dossiers.

Parmi les informations annoncées figureraient des cartes d’identité, permis de conduire, adresses postales, relevés d’identité bancaire, IBAN et informations relatives aux comptes bancaires.

D’autres documents détailleraient les montants de dettes, les échéanciers de remboursement, les paiements déjà effectués, les soldes restant dus et certains contrats de crédit ou de financement.

Le regroupement de ces informations dans des dossiers individuels représente un risque supplémentaire : un cybercriminel pourrait disposer simultanément de l’identité d’une personne, de ses coordonnées et de données financières suffisamment précises pour construire une fraude personnalisée.

Le patrimoine immobilier de certaines personnes pourrait être exposé

Une autre catégorie de documents revendiqués concerne le patrimoine immobilier. Les fichiers pourraient notamment contenir des références cadastrales, des informations sur la propriété de biens, des hypothèques ou encore des procédures de saisie immobilière.

Ces éléments sont particulièrement préoccupants lorsqu’ils sont associés à des informations d’identité et à des données bancaires.

Leur exploitation pourrait permettre de reconstituer de manière détaillée la situation personnelle, judiciaire, financière et patrimoniale de certaines personnes, bien au-delà de ce que révélerait une fuite classique de coordonnées.

Des dossiers concernant des particuliers, des entreprises et des organismes publics

La revendication fait également état de documents relatifs à plusieurs entreprises, professionnels et organismes publics.

Des dossiers liés à des cotisations sociales, à des paiements et à différentes procédures de recouvrement figureraient notamment dans les archives annoncées. D’autres documents concerneraient des pharmacies, des sociétés commerciales et des particuliers.

La présence d’une organisation dans un dossier judiciaire ne signifie évidemment pas qu’elle a elle-même subi une cyberattaque. Elle peut simplement intervenir comme créancier, débiteur, client ou partie à une procédure.

Il reste donc impossible, sur la seule base des documents présentés, d’établir une liste fiable des entreprises directement touchées par l’incident.

Des documents judiciaires diffusés comme preuves

Pour appuyer ses affirmations, LAMASHTU a diffusé plusieurs documents présentés comme des extraits des données récupérées.

Cyberattaque.org a pu observer des éléments relatifs à des procédures judiciaires, comprenant notamment des informations sur des particuliers et différentes entreprises.

Ces échantillons apportent des éléments concrets à la revendication, mais ne suffisent pas à confirmer l’ensemble des fichiers annoncés, leur provenance exacte ou les circonstances dans lesquelles ils auraient été obtenus.

Il convient également de distinguer les 80 000 fichiers revendiqués du nombre de personnes potentiellement concernées. Un même dossier peut comporter plusieurs dizaines de documents, tandis qu’une personne peut apparaître dans plusieurs procédures.

LAMASHTU avait fixé un ultimatum au 7 octobre

La revendication du groupe cybercriminel a été publiée le 26 septembre 2026. LAMASHTU annonçait alors une possible diffusion des données le 7 octobre à midi, si ses exigences n’étaient pas satisfaites.

Cette échéance est désormais passée. Toutefois, la fixation d’un ultimatum ne constitue pas, à elle seule, une preuve que l’intégralité des archives revendiquées a effectivement été publiée.

À ce stade, les 65 Go de données et les près de 80 000 fichiers restent les volumes annoncés par les attaquants. L’étendue réelle de la compromission et le nombre de personnes concernées demeurent à préciser.

Un risque majeur d’usurpation d’identité et de faux recouvrement

Une fuite de documents judiciaires présente des risques particuliers. Contrairement à une simple base contenant des noms, des adresses électroniques ou des numéros de téléphone, ces dossiers peuvent réunir une quantité importante d’informations personnelles vérifiées et contextualisées.

Un cybercriminel disposant du nom d’une personne, de son adresse, du montant exact d’une dette, de ses coordonnées bancaires et des références d’une procédure pourrait construire une tentative d’escroquerie extrêmement crédible.

Il pourrait notamment se faire passer pour un commissaire de justice, une banque ou un créancier afin de réclamer un paiement, transmettre un faux document officiel ou obtenir des informations supplémentaires.

Les risques comprennent également des tentatives de phishing, d’usurpation d’identité, de fraude bancaire et d’escroquerie au faux recouvrement.

Cette affaire illustre surtout la sensibilité des données conservées dans les environnements judiciaires. Lorsqu’un même dossier rassemble des informations d’identité, des documents bancaires, des décisions de justice et des renseignements patrimoniaux, leur divulgation potentielle peut avoir des conséquences durables pour les personnes concernées.

Thomas Lazzaroni Thomas Lazzaroni
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