Attaque

Grande Pharmacie des Halles : les ordonnances de patients diffusées après une cyberattaque

La Grande Pharmacie des Halles, officine lilloise ouverte 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, fait l’objet d’une revendication de fuite de données particulièrement sensible. Une archive d’environ 1,4 Go contenant plus d’un millier de fichiers a été mise en téléchargement le 15 octobre 2026.

Les documents correspondent principalement à des ordonnances nominatives envoyées par des patients via le service en ligne de la pharmacie afin de préparer leurs médicaments avant un retrait ou une livraison. L’analyse de l’archive fait apparaître environ 700 patients différents, dont des mineurs.

La fuite revendiquée contient des informations parmi les plus sensibles qui puissent être associées à une personne : nom, date de naissance, adresse, traitements prescrits et, dans certains cas, numéro de Sécurité sociale.

Grande Pharmacie des Halles cyberattaque

Plus d’un millier de documents médicaux exposés

La Grande Pharmacie des Halles propose sur son site pharmacie2424.fr un service permettant d’envoyer directement une ordonnance afin qu’elle soit préparée avant le passage du patient en pharmacie.

Ce sont précisément des documents transmis par ce service qui apparaissent dans l’archive revendiquée. On y retrouve essentiellement des photographies et scans d’ordonnances, parfois réalisés directement avec le téléphone du patient.

Les fichiers s’étendent de septembre 2017 au 7 octobre 2026. La fuite revendiquée couvre donc près de neuf années de documents envoyés à l’officine.

700 patients dans les fichiers

Le nombre de fichiers ne correspond pas au nombre de personnes concernées. Un même patient peut avoir envoyé plusieurs ordonnances au fil du temps ou plusieurs photographies pour un même document.

Après rapprochement des documents, l’archive porterait sur environ 700 patients distincts. Plusieurs ordonnances concernent également des enfants.

Ce chiffre reste une estimation issue de l’analyse des fichiers diffusés et non un bilan communiqué officiellement par la pharmacie.

Des traitements médicaux directement rattachés aux patients

La sensibilité de la fuite vient d’abord du contenu même d’une ordonnance. Contrairement à une simple base contenant un nom et une adresse email, chaque document peut révéler directement les traitements prescrits et donc une partie de l’état de santé du patient.

Les documents analysés concernent des traitements très variés, dont certains relèvent de domaines particulièrement intimes comme la psychiatrie ou l’oncologie.

Cyberattaque.org ne reproduira évidemment aucun traitement ni aucune information permettant d’identifier les patients concernés.

Des numéros de Sécurité sociale apparaissent aussi

Selon les documents, les ordonnances peuvent également comporter la date de naissance, l’adresse postale et parfois le numéro de Sécurité sociale du patient.

L’archive contient par ailleurs au moins une pièce d’identité et une attestation d’assurance maladie. Ces documents augmentent encore le risque d’usurpation d’identité lorsque plusieurs informations sont croisées.

Aucune donnée bancaire ni aucun mot de passe n’a en revanche été identifié dans le lot décrit.

Les prescripteurs apparaissent également dans les fichiers

Les ordonnances exposent aussi des informations liées aux professionnels de santé qui les ont émises : identité du prescripteur, coordonnées professionnelles, identifiants et signatures peuvent être visibles directement sur les documents.

Deux carnets d’adresses provenant d’une messagerie professionnelle liée à l’officine apparaissent également dans l’archive, avec des adresses email et numéros de téléphone de contacts professionnels.

Certaines photos conservent leur position géographique

Un autre détail mérite l’attention : certaines photographies de documents conservent des métadonnées de géolocalisation.

Lorsqu’un smartphone enregistre la position GPS au moment de la prise de vue, celle-ci peut rester attachée au fichier si les métadonnées ne sont pas supprimées avant son stockage ou son partage.

Dans le contexte d’une ordonnance nominative comportant déjà une adresse, ce type de donnée peut fournir une information supplémentaire sur l’endroit où le document a été photographié.

Un risque de fraude particulièrement crédible

La combinaison de données administratives et médicales offre un contexte particulièrement exploitable pour des tentatives de fraude.

Un attaquant pourrait par exemple se faire passer pour la pharmacie, l’Assurance Maladie ou un professionnel de santé en citant des informations réelles sur le patient afin de demander un document supplémentaire, de faire cliquer sur un lien ou de récupérer d’autres données personnelles.

La présence éventuelle du numéro de Sécurité sociale, de la date de naissance et d’une pièce d’identité augmente également les risques d’usurpation d’identité.

Enfin, lorsqu’une ordonnance révèle un traitement sensible, la simple association entre une pathologie probable et l’identité d’une personne constitue déjà une atteinte majeure à la vie privée.

L’origine de l’accès reste inconnue

La publication ne donne aucune indication permettant de comprendre comment les documents auraient été récupérés. Impossible donc de déterminer s’il s’agit d’une faille du service d’envoi d’ordonnances, d’un stockage mal sécurisé, d’un compte compromis ou d’un autre accès à l’environnement de la pharmacie.

Le fait que les fichiers s’étendent jusqu’au 7 octobre 2026 montre en revanche que l’archive contient des documents très récents au moment de sa publication.

Une revendication qui n’est pas encore confirmée par la pharmacie

À ce stade, la Grande Pharmacie des Halles n’a pas publiquement confirmé cette revendication de fuite de données.

L’archive diffusée contient néanmoins plus d’un millier de documents attribués au service d’envoi d’ordonnances de pharmacie2424.fr et concernerait environ 700 patients.

Au-delà du nombre relativement limité de personnes touchées, c’est surtout la nature des informations revendiquées qui rend l’incident particulièrement sensible : ordonnances nominatives, traitements, données de mineurs, numéros de Sécurité sociale et documents d’identité se retrouvent regroupés dans une archive désormais disponible hors de l’officine.

Thomas Lazzaroni Thomas Lazzaroni
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