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Franc-maçonnerie : 987 comptes de la Grande Loge Féminine de France diffusés

Une nouvelle obédience maçonnique française apparaît dans une fuite de données. Le hacker ChimeraZ revendique la publication d’une base attribuée à la Grande Loge Féminine de France (GLFF), avec 987 comptes annoncés.

La fuite a été publiée le 17 octobre 2026. Elle est particulièrement sensible car les fichiers ne contiennent pas seulement des adresses email : ils permettent d’associer des identités à la Grande Loge Féminine de France et comprennent également un fichier distinct consacré à des comptes disposant de droits d’administration.

Une obédience qui rassemble près de 14 000 femmes

Créée en 1945, la Grande Loge Féminine de France est une obédience maçonnique exclusivement féminine. Elle indique aujourd’hui réunir près de 14 000 membres au sein de plus de 450 loges, en France mais également en Outre-mer et à l’étranger.

Dans ce contexte, l’identification d’une personne comme membre ou responsable d’une organisation maçonnique constitue déjà une information particulièrement sensible. La GLFF elle-même rappelle sur son site que certaines membres souhaitent conserver une forme de discrétion autour de cet engagement personnel.

Des noms, emails et mots de passe très courts dans le premier fichier

Cyberattaque.org s’est procuré les deux fichiers diffusés par ChimeraZ et a analysé leur contenu. Le principal export contient 961 fiches utilisateurs exploitables, malgré un fichier présenté comme comprenant 964 utilisateurs.

On y retrouve notamment des noms et prénoms, adresses email, identifiants internes, catégories de compte et un champ explicitement nommé « motdepasse ».

Ce dernier attire particulièrement l’attention : dans l’immense majorité des enregistrements examinés, il contient une courte valeur numérique de quatre ou cinq chiffres, sans apparence de hachage cryptographique. Il serait néanmoins imprudent d’affirmer sans connaître le fonctionnement de l’ancienne application que ces valeurs correspondent encore à des mots de passe utilisables aujourd’hui.

Les emails ne sont pas exclusivement hébergés sur le domaine glff.org : l’export comporte également de nombreuses adresses personnelles provenant de services comme Gmail, Orange, Wanadoo, Yahoo, Free ou Hotmail.

22 comptes administratifs apparaissent dans un second fichier

Le deuxième CSV est encore plus intéressant. Cyberattaque.org y compte 22 comptes après exclusion de la ligne d’en-tête, répartis entre 18 administrateurs, trois super-administrateurs et un éditeur.

Les adresses concernées correspondent à différentes fonctions ou structures de la GLFF. Les mots de passe ne sont cette fois pas présents sous forme lisible : le fichier contient des empreintes hexadécimales de 32 caractères, un format compatible avec d’anciens mécanismes de hachage.

Autre faiblesse visible : plusieurs comptes administratifs partagent exactement la même empreinte de mot de passe. Dans le fichier analysé, une même valeur est utilisée par cinq comptes différents et une seconde par deux autres comptes, ce qui suggère une réutilisation de secrets entre plusieurs accès.

987 lignes revendiquées, mais 983 enregistrements présents dans les fichiers analysés

Les chiffres publiés par ChimeraZ présentent une petite incohérence avec les fichiers récupérés par Cyberattaque.org. Le hacker annonce 987 lignes et présente ses deux exports comme contenant 964 utilisateurs et 23 administrateurs.

Après lecture des CSV et exclusion des en-têtes, Cyberattaque.org compte en réalité 961 enregistrements utilisateurs et 22 comptes administratifs, soit 983 lignes de données. Cette différence de quatre enregistrements peut provenir d’une version légèrement différente des fichiers ou du mode de comptage utilisé par le pirate.

La fuite semble viser un ancien extranet de la GLFF

Un élément découvert lors de nos recherches permet de nuancer le risque immédiat lié aux identifiants. La GLFF dispose aujourd’hui d’un nouvel espace membres baptisé EPONA, pour « Espace Partagé d’Outils de Navigation et d’Administration ».

L’ancien extranet de l’organisation affiche désormais explicitement qu’il est fermé et renvoie les utilisatrices vers EPONA. Plus important encore, la GLFF indique que « votre mot de passe extranet n’est plus valable » et impose la génération d’un nouveau mot de passe lors de la première connexion au nouvel outil.

La structure des fichiers publiés et la présence d’adresses fonctionnelles liées à l’extranet rendent donc plausible l’hypothèse d’une ancienne base issue du précédent système. Les CSV ne contiennent toutefois aucune date permettant d’établir quand cette extraction aurait été réalisée.

Le risque dépasse la simple compromission d’un mot de passe

Même si les anciens mots de passe ne fonctionnent plus sur EPONA, la fuite conserve une valeur importante pour des attaquants. Elle fournit une liste permettant potentiellement d’identifier plusieurs centaines de femmes liées à la Grande Loge Féminine de France, avec leurs coordonnées électroniques et parfois leur rôle au sein de l’organisation.

Ces informations peuvent faciliter du phishing extrêmement ciblé en usurpant l’identité de la GLFF, de son grand secrétariat ou d’une structure régionale. La réutilisation éventuelle d’un ancien mot de passe sur un autre service constitue également un risque pour les personnes concernées.

Cette publication arrive enfin dans un contexte inhabituel : en moins de 24 heures, une autre fuite a été revendiquée contre la Grande Loge Traditionnelle de France, avec cette fois plusieurs milliers de documents annoncés. Les deux publications proviennent toutefois de hackers différents et rien ne permet à ce stade de relier techniquement les deux incidents.

Thomas Lazzaroni Thomas Lazzaroni
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