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Cyberattaque massive en Europe : les pirates sabotent les frigos des supermarchés

Une vague de cyberattaques frappe les systèmes frigorifiques des supermarchés européens. Dans la nuit du 1er au 2 novembre 2026, des pirates ont manipulé à distance des installations de réfrigération, provoquant des hausses brutales de température et la destruction de marchandises alimentaires. Delhaize, Carrefour, Spar, ICA, Coop et SuperValu figurent parmi les enseignes touchées.

Belgique, Luxembourg, Suède, Irlande, Estonie et Pays-Bas : les incidents se multiplient dans au moins six pays. Cette offensive intervient moins de trois semaines après une cyberattaque similaire ayant affecté plusieurs centaines de supermarchés français, le 12 octobre dernier.

Les cybercriminels ne cherchent pas ici à dérober des fichiers clients ou à bloquer des ordinateurs. Ils interviennent directement sur les équipements qui assurent la conservation des aliments. Les conséquences sont immédiates : produits devenus impropres à la vente, pertes financières et mobilisation en urgence des techniciens.

Ahold Delhaize et Carrefour confirment des incidents en Belgique

En Belgique, la situation concerne plusieurs grandes enseignes de distribution. Ahold Delhaize, groupe belgo-néerlandais propriétaire de Delhaize, a officiellement reconnu un incident informatique affectant les installations frigorifiques de plusieurs dizaines de magasins en Belgique et au Luxembourg.

Sa porte-parole, Sarah De Meester, a confirmé que des températures anormales avaient été constatées dans les réfrigérateurs et congélateurs. Le groupe poursuit ses investigations pour déterminer précisément les circonstances des incidents.

Selon les premiers bilans, environ 40 magasins Delhaize seraient concernés, notamment des Proxy Delhaize et des Shop & Go installés dans des stations-service Q8.

Carrefour Belgique confirme également une cyberattaque contre ses installations frigorifiques. Dans un communiqué du 2 novembre, le distributeur précise que 15 magasins sur plus de 700 ont été légèrement touchés. Aucun hypermarché n’est concerné et tous les établissements sont restés ouverts.

Le groupe Colruyt a également signalé des perturbations dans cinq magasins Spar exploités par des indépendants. Des installations de la chaîne de boucheries De Laet & Van Haver ont aussi été affectées.

Dans certains commerces belges, des exploitants ont dû jeter une grande partie de leurs stocks réfrigérés. Des pertes atteignant plusieurs dizaines de milliers d’euros sont évoquées, avec notamment environ 15 000 euros de viande détruite dans une boucherie.

Des congélateurs réglés à 50 ou 70 degrés : comment fonctionne le sabotage ?

Les techniciens intervenus sur plusieurs installations belges ont identifié une manipulation des systèmes de dégivrage. Normalement, cette fonction permet d’éliminer périodiquement le givre accumulé dans les équipements frigorifiques.

Les pirates auraient forcé ce mode de fonctionnement à distance, empêchant les appareils de maintenir une température suffisamment basse. Certains contrôleurs auraient reçu des consignes atteignant 50 à 70 °C.

Ces chiffres ne correspondent pas nécessairement à la température réellement atteinte par les aliments. En Belgique, plusieurs installations ont néanmoins enregistré des hausses suffisantes pour compromettre la chaîne du froid, avec des températures dépassant parfois 15 °C dans les équipements.

Stephan Moelans, dirigeant de l’entreprise belge Sabcobel, spécialisée dans les installations frigorifiques, considère que le procédé ressemble à celui observé en France en octobre. Ses équipes ont dû intervenir pendant la nuit pour déconnecter les installations concernées et reprendre le contrôle des équipements.

Suède, Irlande et Estonie : les mêmes anomalies apparaissent

En Suède, les enseignes ICA et Coop ont signalé plusieurs magasins affectés. Dans un établissement ICA situé à Sjöbo, les responsables ont découvert que les systèmes de réfrigération avaient été réglés sur une température de 50 °C.

Au moins six magasins Coop ont également rencontré des problèmes, entraînant des retraits de produits et des interventions techniques.

En Irlande, 13 magasins SuperValu, appartenant au groupe Musgrave, ont dû retirer leurs produits réfrigérés et surgelés par précaution. Les magasins ont continué à accueillir leurs clients, mais certaines catégories de marchandises sont devenues temporairement indisponibles.

En Estonie, un magasin Selver a été victime d’une manipulation similaire. Le prestataire Kitman Coldtech indique que les attaquants sont parvenus à modifier les paramètres d’un système frigorifique. L’intervention rapide des techniciens aurait permis de limiter la hausse réelle des températures et d’éviter des pertes importantes.

Aux Pays-Bas, au moins 17 entreprises également touchées

Un autre volet de cette vague européenne concerne les Pays-Bas. Le fabricant Danfoss a confirmé au média néerlandais NOS que les installations frigorifiques d’au moins 17 entreprises avaient été manipulées pendant la même nuit.

Les victimes comprennent notamment des boucheries, des commerces alimentaires de proximité et un site de stockage de produits congelés.

Dans cette dernière installation, la consigne de température est passée de -20 °C à -10 °C. L’intervention rapide des équipes techniques a permis de reprendre le contrôle avant que les conséquences ne deviennent plus importantes.

Ce cas montre que les attaques ne visent pas uniquement les grands distributeurs : toute entreprise utilisant un système frigorifique connecté et insuffisamment protégé peut potentiellement être concernée.

Une faille inquiétante dans les équipements frigorifiques connectés

La multiplication des incidents pose une question centrale : comment des pirates peuvent-ils modifier à distance la température de réfrigérateurs professionnels répartis dans différents pays ?

Ces installations sont souvent équipées de contrôleurs accessibles à distance pour faciliter la maintenance. Lorsque leur interface de gestion est directement exposée sur Internet, des cybercriminels peuvent tenter d’en prendre le contrôle.

En France, l’ANSSI avait publié dès le 12 octobre 2026 une alerte concernant plusieurs familles de contrôleurs frigorifiques, notamment les équipements Danfoss AK-SM et AK-SC, ainsi que les solutions XWEB de Copeland et Dixell.

L’agence recommande notamment de supprimer les accès publics directs, d’utiliser des connexions VPN sécurisées et de vérifier intégralement les paramètres des installations.

Une simple réinitialisation d’usine peut être insuffisante. Si un contrôleur ancien demeure accessible depuis Internet et ne reçoit plus de correctifs, les attaquants peuvent potentiellement le compromettre à nouveau après sa remise en service.

Ahold Delhaize avait déjà confirmé une cyberattaque en octobre

Un élément mérite également d’être souligné : Ahold Delhaize avait déjà annoncé un incident de cybersécurité le 12 octobre 2026, touchant son infrastructure informatique.

Le groupe avait alors déconnecté certains systèmes par précaution, perturbant plusieurs sites Internet, applications et services de commerce électronique en Europe et aux États-Unis.

Le 19 octobre, Ahold Delhaize avait officiellement confirmé que cet incident résultait d’actions malveillantes et annoncé avoir déposé plainte auprès de la police néerlandaise.

Aucun lien technique n’a cependant été établi entre cette précédente intrusion informatique et les manipulations des installations frigorifiques du 2 novembre. Les deux événements doivent donc être distingués, même s’ils concernent le même groupe.

Le Pentagone enquête lui aussi sur de mystérieux sabotages de congélateurs

Cette vague européenne intervient alors qu’aux États-Unis, le Pentagone enquête sur des incidents similaires survenus dès le mois d’août 2026 dans au moins six bases militaires américaines.

Dans certains magasins alimentaires militaires, des congélateurs ont connu des hausses anormales de température. À Fort Huachuca, en Arizona, des appareils étaient passés en mode dégivrage pendant la nuit, entraînant la perte de denrées.

Selon les informations publiées le 29 octobre, des enquêteurs du US Cyber Command et des services d’investigation militaires examinent l’hypothèse d’un sabotage informatique.

Les autorités américaines échangent également avec leurs homologues français au sujet des incidents d’octobre. Aucune preuve publique ne permet toutefois d’affirmer que les attaques américaines et européennes sont liées ou attribuables aux mêmes auteurs.

Une nouvelle menace pour les chaînes d’approvisionnement alimentaires européennes

Les incidents du 2 novembre révèlent une faiblesse préoccupante dans la sécurité des installations frigorifiques européennes. Sans attaquer directement les caisses ou les systèmes de paiement, les cybercriminels peuvent provoquer des pertes immédiates en manipulant quelques paramètres techniques.

Ces attaques peuvent entraîner la destruction de stocks alimentaires, l’interruption temporaire de certains rayons et des coûts importants pour les commerçants. Elles soulèvent également des inquiétudes pour les entrepôts frigorifiques et les autres infrastructures dépendantes du maintien d’une température contrôlée.

Au 2 novembre 2026, aucun groupe n’a été officiellement identifié comme responsable de l’ensemble de cette vague européenne. Les similitudes entre les incidents ne suffisent pas à démontrer l’existence d’une opération unique et coordonnée.

Mais moins de trois semaines après les attaques françaises, la répétition de ces sabotages dans plusieurs pays montre que le problème dépasse désormais les frontières nationales. Des équipements conçus pour conserver les aliments peuvent devenir, lorsqu’ils sont insuffisamment sécurisés, un moyen de provoquer des dégâts matériels et économiques à grande échelle.

Thomas Lazzaroni Thomas Lazzaroni
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